[Article Le Figaro x Dorval AM] 7 raisons d’investir responsable dans l’industrie française

Depuis 1990, l’industrie française a divisé par deux ses émissions annuelles de gaz à effet de serre. Combinaison de gains d’efficacité et d’une désindustrialisation, la crise sanitaire et les perturbations logistiques qui en découlent ont rappelé l’importance de la proximité des capacités industrielles. PME et grands groupes innovent pour décarboner leur production, avec le soutien de l’Etat. Ce qui ouvre de nombreuses opportunités d’investissement responsable pour les épargnants.

L’industrie française a divisé par deux ses émissions de gaz à effet de serre en 30 ans

Entre 1990 et 2020, le volume de gaz à effet de serre rejeté par les usines françaises a fondu de 46%, passant de 144 mégatonnes (ou millions de tonnes) équivalent CO2 (MtCO2eq) à 78 MtCO2eq en 2021(1). Cette réduction place la France parmi les économies industrialisées les moins émettrices de gaz à effet de serre en termes d’émissions par habitant et par unité de PIB. Pour autant, la décarbonation de l’industrie française doit se poursuive, et s’intensifier après une année record pour les créations d’usines en France (120 usines nouvelles en 2021). Génératrice de 19% des émissions de l’économie française, elle est le deuxième secteur économique le plus polluant en France, après les transports.

 

Elle doit encore réduire ses émissions de 81% par rapport à leur niveau de 2015 pour contribuer à l’objectif national (et européen) de neutralité carbone d’ici 2050. Cet objectif de «neutralité», qui implique de ne pas émettre plus de carbone que l’on en capte chaque année, est un défi mondial, et capital. Il est indispensable pour contenir le réchauffement climatique et limiter l’augmentation des températures en deçà des 2°Celsius, selon le Giec(2).

 

Or, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat précise que les actions menées d’ici à 2030 seront déterminantes pour s’inscrire dans cette trajectoire. Ainsi, le 18 juillet dernier, le chef de l’ONU a exhorté les Etats à tenir les engagements de développement durable pris lors des Accords de Paris (2015), malgré le contexte «éprouvant» des dernières années (pandémie de Covid-19, conflits…). Jusqu’à présent, les ambitions politiques restent plutôt alignées : fin juin, le Parlement européen a adopté 14 mesures pour réduire les émissions européennes des 27 de 55% d’ici à 2030 (par rapport à leur niveau de 1990)(3).

 

5 milliards d’euros pour décarboner l’industrie française avec des solutions innovantes

En France, chaque filière industrielle est tenue par la loi de transcrire la Stratégie Nationale Bas-Carbone dans une feuille de route, révisée en mai 2021. Ce document fixe les objectifs de réduction des émissions carbone et les budgets pour soutenir cette transition. Ainsi, l’objectif de réduction des émissions de carbone d’ici à 2030 (par rapport au niveau de 2015) est de 31% pour la filière Mines et Métallurgie, 26% pour la Chimie, de 24% pour le ciment ou encore de 39% pour la filière Papier-Carton(4).

 

Pour relever ce défi en dépit des avaries conjoncturelles, le plan France Relance prévoit 5 milliards d’investissements publics dédiés à participer à la décarbonation des 260.000 entreprises industrielles françaises (dont 90% sont des PME). Fin 2021, soit un an après sa mise en place, 141 projets ont été financés sur l’ensemble du territoire, visant à réduire les émissions de 2,8 millions de tonnes de CO2eq par an(5). D’autres le seront d’ici à la fin 2022. Chacun d’eux met en œuvre des processus innovants et plus durables, à l’échelle d’une activité locale ou d’un démonstrateur industriel destiné à être déployé dans toutes les usines au cours des prochaines années.

 

Electrification, récupération de la chaleur fatale : les alternatives aux énergies fossiles se mettent en place dans les usines

Les solutions expérimentées visent à répondre à trois grands enjeux. Le premier consiste à substituer des énergies recyclables ou renouvelables (électricité, combustible biomasse, chaleur fatale…) aux énergies fossiles (charbon, pétrole…). Par exemple, dans l’industrie agro-alimentaire, plusieurs entreprises (Cristal Union, Tereos) expérimentent la récupération de la chaleur fatale issue du raffinage du sucre pour sécher les pulpes destinées à l’alimentation animale, visant à réduire les émissions carbone de ce processus jusqu’à 90%.

 

D’autres industries (manufactures verrières, cimentières, chimie…) cherchent elles aussi à récupérer et à utiliser la chaleur fatale (vapeur d’eau, air, condensats industriels…). Les producteurs d’énergie les aident à capter ces nouvelles sources énergétiques, via leurs filiales spécialisées dans l’accompagnement pour la transition zéro carbone (Engie Energie Services par exemple).

 

Les industries françaises veulent mieux consommer les ressources naturelles avec l’économie circulaire

Le deuxième enjeu du développement durable de l’industrie française consiste à produire en prélevant moins de ressources naturelles nouvelles (eau, minerais…). Le principe de l’économie circulaire est exploré dans plusieurs secteurs industriels. Ainsi, les process industriels sont adaptés pour recycler et réutiliser de la matière. C’est le cas dans la production de carton à partir de papier recyclé, dans la métallurgie, avec la re-fusion des chutes de fonte chez Saint-Gobain PAM Canalisations par exemple, ou dans la production textile, avec la récupération et la réutilisation des eaux usées.

 

Pour consommer moins de ressources naturelles, les produits doivent être utilisables plus longtemps. Les industriels modifient donc leur production dès sa conception, pour lutter contre l’obsolescence. En somme, c’est tout le modèle économique des industries qui est repensé. Ainsi, Michelin prévoit de réaliser 30% de son chiffre d’affaires hors des pneus, via l’hydrogène, d’ici à 2030. Dans son activité historique, les nouveaux pneus seront fabriqués d’ici à 2050 à partir de matériaux renouvelables à hauteur de 80%. Enfin, pour accompagner la gestion des déchets, l’entreprise organisera la collecte des pneus usagés, valorisables à 85%(6).

 

L’efficacité énergétique participe à la rentabilité des industries françaises

Le troisième enjeu vise à améliorer l’efficacité énergétique de la production. Cela passe par le renouvellement des machines (qui ont une durée de vie de 40 ans en moyenne), pour les remplacer par des modèles aussi performants et plus économes en énergie. Or, selon le Réseau Action Climat, 50% des équipements et usines doivent être remplacés dans la décennie 2020-2030 dans les secteurs de la chimie et de la sidérurgie, et 30% dans le secteur de la cimenterie. Ainsi, dans le secteur de la métallurgie ou de la fonderie de verre, les fours vieillissants se voient substituer des équipements de dernière génération à haute efficacité énergétique.

 

Certaines usines espèrent ainsi réduire de plus de 10% leur consommation énergétique. Cet effort d’efficacité énergétique peut être renforcé par les nouvelles technologies numériques (intelligence artificielle, data…). Par exemple, Schneider Electric a réduit la consommation annuelle d’énergie de son usine du futur du Vaudreuil de 4% en intégrant à ses chaînes de production des capteurs et un système d’analyse des données. Ce qui s’est traduit par une baisse des coûts de production de 10%. Et le retour sur investissement a été atteint en 2 ans(7).

 

Acier vert, destruction des déchets plastiques : les groupes et PME françaises sont à la pointe de l’innovation mondiale

Par ces recherches et expérimentations, les industriels français développent des solutions innovantes à l’échelle mondiale. Ainsi, depuis mars 2022, Arcelor Mittal a équipé la cheminée de son usine de Dunkerque d’une tour alimentée par un gaz capteur de CO2, dont il pourra à terme organiser le stockage, selon l’évolution réglementaire. Ce démonstrateur pourra être déployé sur l’ensemble de son parc industriel, en complément des deux autres volets de la stratégie du groupe pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre : substituer l’hydrogène au charbon, et utiliser jusqu’à 25% d’acier recyclé dans sa production. Ainsi, Arcelor Mittal veut devenir le premier producteur mondial d’acier vert en atteignant la neutralité carbone en 2050(8).

 

Les grands groupes n’ont pas l’apanage de l’innovation durable : des PME françaises se distinguent tout autant à l’échelle mondiale. Ainsi, la biotech française Carbios a développé une solution de destruction des déchets plastiques PET grâce à des enzymes bactériens, avec le soutien de L'Oréal, Nestlé Waters, PepsiCo et la filiale européenne du japonais Suntory. Début juillet, elle vient de signer un accord de partenariat avec Puma, On.running, Patagonia et Salomon pour étendre ses recherches à la recyclabilité des textiles.

 

L’industrie du futur a besoin d’investissements, et les épargnants peuvent y contribuer

Pendant que les entreprises industrielles françaises et européennes déploient leurs solutions pour une production plus respectueuse de l’environnement, le régulateur veille à les protéger d’une concurrence déloyale de produits étrangers moins chers et plus polluants. Ainsi, l’Union européenne a voté la mise en place d’une taxe carbone à l’importation à partir de 2026(9). Les pouvoirs publics soutiennent également les investissements nécessaires à la transition environnementale des industries, qui requiert plusieurs milliards d’euros.

 

Pourtant, les flux financiers vers la transition écologique sont trois à six fois inférieurs aux besoins, selon un analyste de l’OCDE, Raphael Jachnik, spécialiste de la finance climat et co-auteur du 6e rapport du Giec (10). Les opportunités d’investissement socialement responsable sont nombreuses et ouvertes aux investisseurs particuliers grâce aux placements ISR, et notamment les fonds Climat. Ainsi, chaque Français peut participer à l’émergence de cette industrie du futur alignée sur les objectifs de développement durable. La lutte contre le changement climatique est à la portée de chaque épargnant.

 

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En savoir plus :

  1. Citepa, juin 2022. Inventaire des émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre en France – Format Secten : https://www.citepa.org/wp-content/uploads/Citepa_Rapport-Secten-2022_Rap...
  2. Troisième volet du rapport 2022 du Giec, publié le 4 avril 2022 : https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg3/
  3. Communiqué de presse du Parlement européen, juin 2022 : https://www.europarl.europa.eu/news/fr/press-room/20220616IPR33219/chang...
  4. Ministère de l’Environnement et de la Transition énergétique, Mars 2020, Stratégie Nationale Bas Carbone - La transition écologique et solidaire vers la neutralité carbone : https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/SNBC-2%20synthe%CC%80se...
    et Conseil National de l’Industrie et Copacel, Février 2022, Décarbonation de l’industrie - Feuille de route de l’industrie papetière : https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/2022.03.10_COPACEL_feui...
  5. Chiffre et exemples extraits des rapports d’appels à projet France Relance, Ademe, novembre 2021 : https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/decarbonation-lindustr...
  6. Institut National pour l’Economie Circulaire, avril 2021, Pivoter vers l’économie circulaire : https://institut-economie-circulaire.fr/wp-content/uploads/2021/10/pivot...
  7. Communiqué de presse, Schneider Electric, https://www.se.com/fr/fr/about-us/events/local/innovation-hub/le-vaudreuil/
  8. Communique de Presse, Arcelor Mittal, février 2022 : https://france.arcelormittal.com/news/2022/fev/vers-une-production-dacie...
  9. Communiqué de presse du Parlement européen, juin 2022 : https://www.europarl.europa.eu/news/fr/press-room/20220616IPR33219/chang...
  10. ONU, avril 2022, 3e volume du 6e Rapport du Giec (IPCC AR6 WG III), Atténuation du changement climatique, chapitre 15, Investissement et Finance, p 2520 : https://report.ipcc.ch/ar6wg3/pdf/IPCC_AR6_WGIII_FinalDraft_FullReport.pdf

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