[Article Le Figaro] Dorval AM : Neutralité carbone: les 3 principaux défis du secteur des transports

"Nous souhaitons envoyer un signal fort aux entreprises dans lesquelles nous investissons : accélérons ensemble la transition."
Laurent Trules
Gérant – Analyste financier et coordinateur de l’investissement responsable
L’Europe vise la neutralité carbone en 2050. Pour atteindre cet objectif, les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports doivent être réduites de 90% par rapport à leur niveau en 1990. Électrification du parc automobile, essor de l’hydrogène, efficacité énergétique des modes de transport… Les solutions existent et présentent des opportunités pour investir. Analyse de Laurent Trulès, coordinateur de l’investissement responsable pour Dorval Asset Management, co-gérant du fonds Dorval European Climate Initiative.

Le secteur des transports en Europe doit réduire ses émissions de CO2 de 90% d’ici à 2050 pour contribuer à l’atteinte de la neutralité carbone

 

Pour tenir les objectifs de l’Accord de Paris, la neutralité carbone doit être atteinte au niveau mondial d’ici à 2050. L’Europe entend remplir cet objectif préconisé par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat) dès 2050 et devenir ainsi le premier continent à viser un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre, générées par l’activité humaine, et l’absorption de ces mêmes gaz par des réservoirs naturels ou artificiels de carbone.

 

De fait, cette ambition passe par la réduction du bilan carbone des transports européens: pour atteindre la neutralité carbone dans moins de 30 ans, les émissions du secteur doivent être réduites de 90% par rapport à leur niveau en 1990 (année de référence internationale pour mesurer la réduction des gaz à effets de serre, retenue par la Convention de Rio en 1992).

 

En France, les transports sont le seul secteur économique qui n’a pas encore réduit ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau en 1990. Autrement dit, tout reste à faire. Mais les solutions existent pour répondre aux 3 principaux défis de la transition environnementale de nos transports.

 

Défi n°1: Décarboner les transports avec l’électrification des véhicules et l’hydrogène

 

Le premier défi que doit relever le secteur des transports pour opérer sa transition écologique est de réussir à substituer sa dépendance aux énergies fossiles par l’électrification du parc ou le recours à des carburants plus respectueux de l’environnement. Plusieurs solutions sont à l’œuvre, à commencer par la démocratisation des véhicules électriques. Bien sûr, l’électrification de l’ensemble du parc automobile prendra du temps. L’Union européenne entend interdire la vente de véhicules thermiques d’ici à 2035, mais il faudra au moins une décennie de plus pour ne plus croiser de motorisation à essence ou diesel sur les routes (par exemple, en France, l’âge moyen du parc automobile est actuellement de 11 ans). Les ménages les plus modestes sont ceux qui retardent le plus le renouvellement de leurs véhicules, qui sont de fait les plus polluants. Pour répondre à cet enjeu, plusieurs Etats européens mettent en place dès à présent des aides publiques pour la conversion au véhicule électrique.

 

Ainsi, en France, les particuliers qui achètent un véhicule électrique bénéficient d’une prime maximum de 6000 euros versée par l’Etat. L’Allemagne a également mis en place des incitations à la production et à l’achat de véhicules électriques. Ces mesures politiques soutiennent les ventes de véhicules électriques, qui doublent chaque année depuis 2020 et qui représentent déjà 10% des ventes des constructeurs automobiles. Ainsi, en 2021 près de 1,2 million de véhicules électriques supplémentaires ont rejoint le parc automobile européen, qui devrait en compter 30 millions en 2030.

 

Défi n°2: Rechargement, recyclage des batteries… Les infrastructures et les filières industrielles doivent être développées

 

Les constructeurs automobiles ont amélioré l’autonomie des véhicules électriques, levant un premier frein à leur adoption par les particuliers. Par exemple, Tesla (le groupe de l’entrepreneur milliardaire Elon Musk) produit des véhicules capables de rouler plus de 500 kilomètres entre deux rechargements, et Mercedes a présenté en début d’année le prototype d’un véhicule électrique doté d’une autonomie de plus de 1000 kilomètres et entend viser un déploiement industriel à partir de 2024 sur ses chaînes de production.

 

Mais il reste à étendre le réseau des bornes de rechargement sur le territoire pour lever les inquiétudes des automobilistes. Les États européens en ont conscience, et prévoient la mise en place de 1 million de bornes publiques en 2025 (il en existe 220.000 en 2020). Ce chiffre devrait même dépasser les 16 millions d’ici à 2050, en cohérence avec les objectifs européens définis par le plan européen «Fit For 55». De même, la filière du recyclage devra gagner en capacité pour réussir à gérer les batteries obsolètes.

 

Défi n°3: Avion à hydrogène, fret fluvial, transport multimodal… L’efficacité énergétique est un critère de choix du mode de transport

 

Au-delà des véhicules individuels, la transition environnementale des transports pose également la question de la logistique. Actuellement, les poids lourds génèrent un quart (24%) des émissions de CO2 émises par le secteur des transports. En effet, 99% de ces véhicules ont une motorisation diesel. La commercialisation de camions et de poids lourds électriques ou à hydrogène ouvre la voie au changement, mêmes si ces modèles restent à ce stade plus chers que leurs comparables thermiques.

 

L’hydrogène peut également permettre à l’aviation de réduire considérablement son empreinte carbone. Le trafic aérien a explosé au cours des dernières décennies, avec la massification du tourisme, et cette tendance ne semble pas vouloir s’interrompre. Les constructeurs aéronautiques travaillent à mettre au point des avions capables de voler sans carburant issu des énergies fossiles. Ainsi, si Airbus considère l’hydrogène comme le meilleur candidat pour décarboner l’avion de demain et travaille sur différents prototypes, la commercialisation d’un avion à hydrogène ne devrait pas arriver avant 2035. Dès lors, les compagnies aériennes, à l’instar d’Air France expérimentent des vols long-courriers en utilisant des biocarburants pour substituer tout ou partie du kérosène.

 

Enfin, la transition environnementale des transports passe par une plus grande planification et un meilleur maillage territorial des modes de transports moins carboné. Cela permettrait aux différents acteurs d’améliorer l’intensité carbone du transport de personnes et de marchandises à travers les territoires. Choisir un mode de transport en fonction de son empreinte carbone entre dans les habitudes: mobilités douces pour la logistique du dernier kilomètre (essor des vélos-cargos) et le fret routier combiné au ferroviaire ou aux dessertes fluviales sont des usages en plein essor. Et autant d’opportunités d’investissement pour les épargnants qui souhaitent faire fructifier leur épargne tout en agissant en faveur du climat.

 

Les exemples cités reposent sur la base d’analyses propres à Dorval AM en date du 20/05/2022. Ils ne constituent pas un engagement ou une garantie. Cette dernière se réserve la possibilité de faire évoluer ses analyses.

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