Le boom des résultats face à la hausse des taux longs - 24 août 2026
Les bourses mondiales sont soutenues par les très bons résultats des entreprises cotées, d’autant que les bonnes nouvelles ne se limitent pas aux seuls secteurs de l’IA. Ils contrastent avec des signes de nervosité financière (yen, taux longs) et un renouveau des tensions sur les prix de l’énergie.
La saison des résultats qui s’achève apporte beaucoup d’eau au moulin de l’optimisme boursier. Sauf mauvaises surprises au deuxième semestre, les bénéfices par action devraient grimper de +25% en 2026 pour le MSCI Monde. Les secteurs liés au boom des investissements en IA – dont les semi-conducteurs – expliquent une part considérable de cette hausse, en particulier aux Etats-Unis. Les profits ont aussi été boostés par le secteur de l’énergie, en raison bien entendu de la crise en Iran. Enfin les valeurs bancaires européennes et japonaises – qui pèsent lourd dans les indices de ces deux régions – continuent d’améliorer leur rentabilité.
Mais même au-delà de ces secteurs spécifiques, la hausse des résultats impressionne favorablement dans la plupart des cas. Ainsi, la hausse médiane des BPA devrait atteindre +15% en 2026 pour l’univers des 1500 entreprises du MSCI Monde, ce qui est tout à fait considérable (graphique 1).
Ces bons résultats médians illustrent la résilience de l’économie mondiale au choc iranien, résilience à nouveau attestée par les très bons indicateurs PMI du climat des affaires au mois d’août dans le monde développé (graphique 2).
La hausse des rentabilités reflète aussi une bonne maîtrise des coûts salariaux. Sur ce point, les analystes de Goldman Sachs GS ont calculé que les entreprises américaines cotées n’ont jamais été aussi peu nombreuses à mentionner le coût du travail comme sujet de préoccupation (graphique 3). C’est une donnée intéressante dans un monde pourtant caractérisé par un taux de chômage relativement faible. Ces calculs sont corroborés par les données macroéconomiques qui montrent une baisse des coûts unitaires de travail aux Etats-Unis, baisse permise par la hausse de la productivité et la maîtrise des salaires.
Dans un tel contexte de croissance, il n’y a pas lieu de s’étonner outre mesure du niveau des taux à long terme. En se basant sur la démographie prévisible et sur l’estimation de la productivité aux Etats-Unis, les économistes de la Commission européenne calculent par exemple une croissance potentielle supérieure à 2%. Sur les marchés, les taux réels à 10 ans des bons du Trésor indexés sur l’inflation s’affichent à 2,3% (au 21 août), ce qui semble cohérent avec les estimations de croissance potentielle (graphique 4).
Après une longue période de taux très bas, en raison d’un fort sous-emploi puis du Covid, on a donc assisté depuis 2023 à une simple normalisation des taux longs américains, normalisation qui semble aujourd’hui assez complète. La nervosité reste pourtant forte en raison d’un déficit budgétaire structurel record, du boom du financement obligataire de l’IA, de tensions géopolitiques inflationnistes, d’une certaine méfiance à l’égard du dollar et de nouvelles interrogations sur la politique de la Fed.
Mal à l’aise, le secrétaire du Trésor Scott Bessent tente donc de freiner la pression vendeuse sur la partie longue et très longue de la courbe des taux. Après être intervenu pour faire remonter le yen – peut-être par peur que les Japonais ne vendent leurs Treasuries pour soutenir leur monnaie – il annonce un doublement des rachats d’obligations à long terme par le Trésor. Ces rachats seront financés par l’émission de bons à court terme.
Ces expédients ne pourront remplacer, cependant, des clarifications sur la politique budgétaire, la politique monétaire – Kevin Warsh parlera le 28 août à Jackson Hole – et sur les flux de pétrole et de gaz dans le golfe Persique. La saison des résultats des entreprises étant désormais derrière nous, ces sources d’incertitude seront très surveillées par les investisseurs.
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