LA LETTRE MENSUELLE - Mai 2022
MACRO CORNER
Les niveaux actuels des PER et des primes de risque par rapport aux obligations protègent les marchés européens des actions mais jusqu'à un certain point
Si la saison des résultats des entreprises a plutôt rassuré les investisseurs, ceux-ci restent logiquement prudents du fait des risques macroéconomiques et géopolitiques. La question est de savoir à quel point ces risques sont déjà intégrés dans les prix des marchés.
Alors que beaucoup d’analystes financiers craignaient que la saison des résultats ne révèle une forte pression sur les marges des entreprises, la plupart d’entre elles ont indiqué qu’elles étaient capables de passer la hausse des coûts dans les prix de vente. C’est d’ailleurs comme cela que l’inflation se propage. Cette réalité nous rappelle que les bénéfices des entreprises sont en grande partie « indexés » sur l’inflation. Ainsi, malgré la guerre en Ukraine, les bénéfices prospectifs par action du MSCI Europe ont progressé de +10% depuis le début de l’année, alors que l’indice perdait -7,5% (graphique 1).
Cette divergence entre bénéfices estimés et cours des actions est aisément explicable. Les investisseurs considèrent à juste titre que les performances des entreprises auront du mal à se prolonger eu égard aux risques qui pèsent sur la croissance future. L’accélération de l’inflation réduit en effet le pouvoir d’achat des consommateurs, et entraine une hausse des taux d’intérêt qui, avec des délais beaucoup plus longs, finira par ralentir l’économie. S’ajoute à cela le risque désormais palpable d’une rupture d’approvisionnement du gaz russe – déjà actée pour la Pologne et la Bulgarie –, source d’énergie beaucoup plus difficile à diversifier que le pétrole et le charbon. L’accélération de l’inflation depuis le début de l’année et l’escalade des sanctions justifient donc la baisse de la valorisation des marchés des actions cette année (graphique 2).
Le niveau atteint par les PER européens représente-il désormais une opportunité ? On peut d’autant plus se poser la question que les taux d’intérêt réels (c’est-à-dire après inflation anticipée) des obligations à long terme restent fortement négatifs en Europe (-2% pour les obligations allemandes à 10 ans). Il est cependant clair que les niveaux actuels des PER et des primes de risque par rapport aux obligations ne pourront protéger les marchés des actions si les probabilités de fort ralentissement économique – voire de récession – ne rebaissent pas. Aux Etats-Unis, l’évolution de ces probabilités dépendra surtout de l’intensité de la spirale inflation-salaire. En Europe, elle variera en fonction de la vitesse de l’escalade des sanctions, et de la crédibilité de la réponse européenne au défi russe. L’Europe devra montrer qu’elle s’oriente vers un « quoi qu’il en coûte » de l’énergie, plan qui s’ajoutera aux mesures de « bouclier » déjà annoncés dans plusieurs pays (France, Italie, Espagne, etc).
_
PER ou "Price Earning Ratio" : rapport entre le cours boursier d'une société et son bénéfice net par action.
MICRO CORNER
L’accélération nécessaire de la transition environnementale renforcera la dépendance aux métaux rares
La crise de la Covid-19 avait déjà mis en évidence la complexité des chaînes d’approvisionnement et le manque de capacités de production en Europe pour des biens critiques. L’Invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a renforcé l’idée qu’il fallait accélérer la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables en Europe pour réduire la dépendance à la Russie, par ailleurs grand producteur de matières premières (pétrole, gaz mais aussi de métaux comme les platinoïdes, le nickel, le cuivre, et le vanadium).
Face à ce constat, Dorval Asset Management s’engage et capitalise sur son expertise d’analyse extra-financière pour traiter les enjeux climatiques au travers d’une sélection d’entreprises apportant des solutions compatibles avec l’Accord de Paris à travers 8 éco-activités[1] dont l’économie circulaire au sein du fonds Dorval European Climate Initiative, labellisé Greenfin et ISR. Coordinateurs de l'investissement responsable pour Dorval Asset Management et co-gérants du fonds Dorval European Climate Initiative, Laurent Trulès et Tristan Fava livrent leur analyse.
L’heure de la prise de conscience
La transition environnementale impose de repenser en profondeur les processus de production, les modes de consommation et le mix énergétique. Les efforts d’un nombre croissant de pays et d’entreprises pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre exigent le déploiement massif d’un large éventail de technologies, dont beaucoup dépendent de l’accessibilité à des métaux de plus en plus convoités.
En 2020, dans le cadre de la mise à jour trisannuelle de sa liste de matières premières critiques, la Commission européenne évaluait à 30 le nombre de ces matières premières nécessaires à la transition énergétique parmi lesquelles se trouvent des métaux tels que le cobalt et le lithium. Également appelés « métaux rares » en raison de leur difficulté d’extraction, ces derniers n’ont de rare que leur nom puisque l’on en trouve presque partout sur Terre.
Déjà omniprésents dans notre quotidien, des téléphones portables à l’imagerie médicale, ils sont les principaux composants des panneaux solaires et des voitures électriques. Leurs propriétés chimiques très particulières font de ces métaux des matières stratégiques des technologies actuelles pour l’efficacité énergétique de nos appareils au quotidien. La raréfaction voire les pénuries de ces métaux pénaliseraient lourdement notre capacité à effectuer la nécessaire transition environnementale. Des tensions sur la capacité de l’offre à satisfaire la demande s’observent dès à présent sur certaines matières premières comme le cuivre, l’aluminium et certains métaux rares. En effet, la construction de centrales solaires photovoltaïques, de parcs éoliens et de véhicules électriques nécessite généralement plus de métaux rares que leurs équivalents fossiles. Le rapport de l’Agence internationale de l’énergie « Le rôle des minéraux critiques dans la transition énergétique » publié en mai 2021 évalue ainsi qu’une voiture électrique requiert en moyenne six fois plus de minéraux qu’une voiture thermique. Il faut par exemple près de 100 kg de cuivre par voiture électrique contre plutôt 25 par voiture à essence ; 10 fois plus de cuivre par kWh produit au solaire que produit par une centrale électrique "conventionnelle" ; 5 à 6 kg de lithium et environ 7 kg de cobalt par voiture (50 kWh de batterie).
Réduire sa dépendance aux énergies fossiles russes accroitrait indéniablement notre dépendance aux métaux
Selon ce même rapport, pour atteindre les objectifs de neutralité carbone d’ici 2050, la demande mondiale en minéraux devra être multipliée par six comparée au niveau de 2020. Cette augmentation rapide de la demande soulève cependant d’importantes questions quant à la disponibilité et à la fiabilité de l’approvisionnement.
En effet, les métaux rares sont inégalement répartis à la surface de la Terre ce qui rend l’ensemble de la chaîne de valeur vulnérable aux risques géopolitiques et aux éventuelles restrictions d’exportation. Par exemple, la Chine possède 60% des réserves mondiales connues de terres rares, la République Démocratique du Congo 60% du cobalt et le Chili près de 25% du cuivre. À l’instar de nombreuses industries, les capacités de production de métaux rares présentes dans certains pays occidentaux se sont pour la plupart progressivement délocalisées dans les pays en voie de développement depuis les années 80. Économiquement et écologiquement boudée par de nombreux pays occidentaux, la production de métaux rares s’est développée en Chine au point qu’elle est aujourd’hui le premier pays producteur mondial de 26 d’entre eux. Outre l’enjeu d’approvisionnement, l’extraction et la transformation de métaux rares soulèvent également de nombreuses problématiques sociales et environnementales. Le processus de production de chaque minerai demande le travail de milliers de personnes, souvent peu équipées et mal rémunérées, ainsi que des quantités massives d’eau, par la suite souvent déversées dans l’environnement sans traitement. Ces eaux polluées, fortement chargées en éléments radioactifs, mettent notamment en péril la santé des populations alentours.
La dépendance aux métaux pourrait constituer une opportunité pour certaines entreprises européennes
Des initiatives naissent pour accroître la souveraineté des gouvernements européens et leurs capacités à mener à bien leurs politiques climatiques particulièrement dépendantes de ces métaux stratégiques.
À ce titre, la Commission européenne a lancé en 2020 l’ERMA, l’alliance européenne pour les matières premières, qui a permis l’identification de 14 projets en Europe pouvant assurer 20% des besoins européens d’ici 2030. Des entreprises européennes s’impliquent dans le recyclage, la production ou la sécurisation de capacités métallurgiques. La volonté de l’Union européenne de mieux diversifier ses approvisionnements en métaux devrait constituer une opportunité supplémentaire pour le développement de l’éco-activité « économie circulaire ».
L’économie circulaire adresse une réponse à cet enjeu de transition avec la nécessité d’améliorer le recyclage, et la réutilisation des matières ou des produits. Recycler et réintroduire dans le circuit économique des matières premières déjà utilisées permet de diminuer l’impact sur les ressources et la planète (énergie, eau, CO2) par rapport à l’utilisation de nouvelles ressources.
Les entreprises Derichebourg ou encore Aurubis participent au recyclage et à la valorisation de métaux, notamment du cuivre pour cette dernière. Nexans, quant à elle, s’illustre comme étant la seule de son secteur à posséder une fonderie de cuivre, située à Lens, qui sécurise en partie son approvisionnement. L’entreprise a par ailleurs adhéré, en 2021, au Copper Mark, organisation visant à promouvoir la contribution de l’industrie du cuivre aux Objectifs de Développement Durable des Nations Unies.
Le fonds Dorval European Climate Initiative est exposé aux risques spécifiques suivants : risque actions, risque de change, risque de taux, risque de crédit, risque lié à l’utilisation des instruments dérivés financiers et risque de durabilité. Le capital investi n'est pas garanti.
Les exemples cités reposent sur la base d’analyses propres à Dorval AM en date du 24/03/2022. Ils ne constituent pas un engagement ou une garantie. Cette dernière se réserve la possibilité de faire évoluer ses analyses.
_
[1] Eco-activités : « activités qui produisent des biens et services ayant pour finalité la protection de l’environnement ou la gestion des ressources naturelles, c’est-à-dire destinés à mesurer, prévenir, limiter ou corriger les dommages environnementaux à l’eau, l’air et le sol et les problèmes relatifs aux déchets, aux bruits et aux écosystèmes pour le bien-être de l’Homme » (définition internationale de l’OCDE et d’Eurostat).
CORPO CORNER
Les actualités du moment chez Dorval AM présentées par Philippe Cormon
Cliquez sur l'image pour voir la vidéo sur YouTube
A l'occasion de la convention de l'ANACOFI - Association Nationale des Conseils Financiers, qui s’est tenue en avril 2022, Philippe CORMON, directeur du développement, vous présente en 4 minutes les actualités phares chez Dorval AM.
Comment gérer sa poche défensive dans un monde de taux bas et de hausse des taux ?
Alors que les marchés obligataires sont chers et vulnérables, que les gestions diversifiées classiques opposent poches ‘actions’ et ‘taux’, voire que le fonds euro pourrait faire son entrée dans la poche dite risquée, Dorval Global Convictions Patrimoine (SRRI 3[1]) propose une approche originale et pertinente pour chercher à capter la croissance mondiale des entreprises. Fonds flexible avec une exposition aux actions variant de 0 à 30%, l’allocation d’actifs est directement issue du scénario central, définie autour de thématiques d’investissement jugées porteuses selon Dorval AM, représentées par des paniers d’actions internationales équipondérées minimisant ainsi au maximum le risque spécifique.
Comment être acteur de la transition énergétique ?
Notre nouveau fonds actions européennes Dorval European Climate Initiative investit dans des entreprises européennes innovantes qui proposent des solutions très concrètes en faveur de la transition énergétique, en liaison directe avec l’Accord de Paris.
Plus qu’un fonds investi sur la thématique «climat», Dorval European Climate Initiative préserve les fondamentaux de la construction de portefeuille avec notamment, une appréciation des perspectives de croissance au regard des niveaux de valorisation.
Reversant 10% de ses frais de gestion nets à la fondation EPIC et bénéficiant des labels ISR et Greenfin, le fonds répond doublement aux exigences de la loi Pacte pour l’assurance-vie et est classifié article 9 au sens de la réglementation SFDR[2].
L’offre multigestion de Dorval AM : l’expérience client au cœur de notre proposition de valeur
Dorval AM bénéficie d’une expertise reconnue en matière de multigestion depuis de nombreuses années. Sélectionner les fonds les plus pertinents à nos yeux pour chacune des classes d’actifs, suivre quotidiennement les marchés financiers avec notre équipe composée de macro-économistes et de gérants de fonds, adapter l’allocation d’actifs à chaque contexte de marchés, répondre aux attentes des clients en matière de couple rendement/risque fait partie de notre quotidien.
Nous proposons pour cela notre offre de fonds dédiés et de gestion sous mandat en architecture largement ouverte avec environ 80% de fonds externes, titres en direct ou encore ETF.
Les fonds sont exposés à des risques spécifiques, notamment les suivants : risque actions, risque de change, risque de taux, risque de crédit, risque lié à l’utilisation des instruments dérivés financiers et risque de durabilité. Veuillez vous référer à toutes les caractéristiques et à tous les objectifs des fonds disponibles dans leur prospectus et leur document d’informations clés pour l’investisseur avant de prendre toute décision finale d’investissement. Le capital investi n'est pas garanti.
Les références à un classement, un label, un prix et/ou à une notation ne préjugent pas des résultats futurs de ces derniers/du fonds ou du gestionnaire.
Dorval Asset Management ne saurait être tenue responsable de toute décision prise ou non sur la base d’une information contenue dans ce document, ni de l’utilisation qui pourrait en être faite par un tiers. Les OPCVM cités sont autorisés à la commercialisation en France et éventuellement dans d’autres pays où la loi l’autorise. Préalablement à tout investissement, il convient de vérifier si l’investisseur est légalement autorisé à souscrire dans un OPCVM. Les caractéristiques, les frais et le profil de risque et de rendement relatifs à l’investissement dans un OPCVM sont décrits dans le Document d’Informations Clés pour l’Investisseur (DICI) de ce dernier. Le DICI et les documents périodiques sont disponibles gratuitement sur demande, auprès de Dorval Asset Management. Vous devez prendre connaissance du DICI, qui doit vous être remis, préalablement à la souscription. La définition des indicateurs de risques mentionnés dans ce document figure sur le site internet : www.dorval-am.com.
_
[1] Indicateur de risque et de rendement : 1 correspond à un risque faible mais non nul, 7 correspond au risque le plus élevé. A risque plus faible, rendement potentiellement plus faible, inversement à risque plus élevé, rendement potentiellement plus élevé).
[2] Le règlement “Sustainable Finance Disclosure Regulation” (SFDR) vise à fournir plus de transparence en termes de responsabilité environnementale et sociale au sein des marchés. Les fonds “Article 9” ont pour objectif l’investissement durable.
Télécharger la lettre mensuelle en version PDF : La lettre mensuelle - Mai 2022



