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Jusqu’où peut-on extrapoler la résilience de l’économie mondiale ? - 20 avril 2026

La désescalade s’accompagne d’un espoir de réouverture d’Ormuz

Notre scénario central de désescalade, dans le conflit opposant les Etats-Unis et Israël à l’Iran, semble se confirmer. L’issue des discussions, toujours en cours à Islamabad, est incertaine mais le fait qu’elles aient lieu est déjà en soi un élément d’apaisement et éloigne le scénario de « déflagration ».

Dans l’immédiat, le détroit d’Ormuz reste fermé (graphique 1) causant des disruptions dans l’approvisionnement en pétrole brut et ses dérivés, en gaz naturel et en d’autres produits issus de l’industrie pétrochimique de la région (éthylène, méthanol, ammoniac, engrais azotés…).

Cependant, l’extension du cessez-le-feu au conflit entre Israël et le Hezbollah au Liban laisse espérer une réouverture plus rapide. La probabilité de réouverture totale du détroit d’Ormuz (retour à une moyenne de 60 tankers par jour en moyenne) avant la fin du mois d’avril est de 50%, selon le marché de prédiction Kalshi, et près de 80% avant le 1er juillet (graphique 2).

La désescalade permet une détente sur les prix spot mais surtout une réduction drastique de la probabilité du scénario de déflagration. Ainsi, la volatilité implicite des options sur le pétrole baisse assez nettement depuis quelques jours (graphique 3).

Le manque d’offre de pétrole est déjà dans le prix du baril

Le prix spot des matières premières concernées intègre d’ores et déjà la baisse de l’offre (et la destruction de la demande qui va avec) et sa durée anticipée. Prenons l’exemple du pétrole (nous utiliserons le Dated Brent comme benchmark international du pétrole spot). Pour calculer le prix d’équilibre il nous faut trois ingrédients : le prix spot d’équilibre avant la perte d’offre (68$/bbl en moyenne avant le choc), la quantité d’offre perdue (entre 0 et 20 Mb/j) et la sensibilité de la demande de pétrole à son prix (l’élasticité-prix de la demande).

Selon les calculs des experts de Goldman Sachs, la perte nette de production est entre 10 et 12 Mb/j (graphique 4).

L’estimation de l’élasticité-prix de la demande est cruciale. C’est parce qu’elle est réputée faible qu’il est communément admis que le pétrole est très volatile i.e. les hausses de prix nécessaires à réduire la demande sont élevées. Les estimations usuelles dans la littérature vont de 0,10 à 0,20. On peut donc en déduire la hausse de prix, en partant de 68 $/bbl, nécessaire à réduire suffisamment la demande (tableau ci-dessous).

Le prix actuel du Dated Brent à 116 $/bbl est compatible avec la perte durable de 10 à 12 Mb/j et une hypothèse raisonnable d’élasticité-prix de la demande de pétrole (zone bleu clair du tableau).

Pour le moment, la désescalade se confirme, le scénario de déflagration voit sa probabilité s’effondrer et le prix du pétrole intègre déjà les barils manquants sur les marchés internationaux. Cependant, la question centrale reste celle de la résilience de l’économie mondiale (et des marchés financiers) face à un choc d’une ampleur considérable même si sa durée devrait rester limitée.

Les investisseurs ont appris à croire à la résilience de l’économie mondiale

L’idée de la résilience vient de l’expérience des dernières années. Ce que les économistes et les investisseurs ont appris de la pandémie de Covid-19, du choc inflationniste de la réouverture post-Covid, du krach obligataire de 2022 et, enfin, de la guerre commerciale de 2025, c’est l’extraordinaire résilience de l’économie mondiale. C’est avec cette expérience en tête qu’économistes et investisseurs ont abordé le choc de la fermeture du détroit d’Ormuz depuis le 27 février 2026.

La question de la résilience du système économique est notamment portée par Markus Brunnermeier, professeur à Princeton. Brunnermeier distingue la robustesse d’un système et sa résilience. La robustesse c’est la capacité d’absorber les chocs exogènes sans bouger. La résilience, c’est la capacité de rebondir après un choc et de revenir rapidement sur sa trajectoire précédente. L’analogie de la robustesse, c’est le mur en briques qui encaisse les coups sans bouger mais se fissure et se fragilise petit à petit jusqu’à ce qu’un coup suffisamment puissant le brise. La résilience c’est le trampoline, souple et déformable, qui s’adapte au choc et reprend sa forme initiale.

La différence entre la crise financière de 2008 (GFC) et celle de la Covid-19 illustre cette différence. Après la grande crise financière, l’économie mondiale n’a jamais pu reprendre sa trajectoire précédente alors que le choc de la Covid-19 ne fut qu’un écart transitoire (graphique 5). Cette capacité de rebond est l’illustration de sociétés et de systèmes économiques résilients. Il est important de noter que la résilience n’empêche pas les cycles économiques ou les récessions, elle permet simplement de revenir rapidement à la moyenne après.

Autre idée mise en avant par Markus Brunnermeier : le paradoxe de la résilience macro vs. micro. Une économie résiliente au niveau macro ne signifie pas que toutes les entreprises le sont aussi. Au contraire, les chocs font des gagnants et des perdants et le système économique s’ajuste par création destructrice.

Il est trop tôt pour clore complètement le chapitre de la fermeture du détroit d’Ormuz et de ses conséquences. Pour le moment, les investisseurs donnent le bénéfice du doute à la résilience de l’économie mondiale.

Les portefeuilles positionnés pour notre scénario central de désescalade

Dans nos portefeuilles nous avions remonté nos taux d’exposition tactiquement en actions à partir du 23 mars en cohérence avec notre scénario central de désescalade dans l’ensemble des stratégies « Global Macro » internationales et européennes.